Urgence dans les «blocs op’»
C’est presque devenu une litanie dans notre région: le secteur de la santé manque de personnel qualifié. A l’intérieur de cette branche, certains métiers font encore plus défaut que d’autres. C’est notamment le cas des infirmiers, des aides et des techniciens en salle d’opération. Ces professionnels, tous spécialisés, sont chargés (selon leur activité propre) de préparer la salle, de stériliser les instruments, d’anesthésier le patient ou de veiller à son réveil, ou encore d’assister le chirurgien lors d’une intervention.
«Marché à sec»
«Dans ces professions, le marché est à sec», constate Patrick Goller, directeur des soins du département des centres interdisciplinaires (dont font partie les salles d’opération) du CHUV à Lausanne. L’Hôpital cantonal vaudois emploie actuellement environ 200 infirmiers, aides et techniciens spécialisés dans les «bloc op’». «On manque surtout d’infirmiers instrumentistes», ajoute le haut cadre.
Responsable des ressources humaines à la direction des opérations (qui chapeaute les salles d’opération) des HUG à Genève, Philippe Guyon confirme cette situation de pénurie. Dans le grand hôpital du bout du lac, travaillent plus de 100 instrumentistes. Ils représentent même près des deux tiers des effectifs du personnel infirmier des blocs opératoires. «Les infirmiers instrumentistes sont davantage recherchés que les aides-soignants, les premiers bénéficiant d’une formation spécifique à la salle d’opération», précise-t-il.
«La situation est telle que, si nous réussissons à trouver l’un de ces professionnels, nous le proposons d’emblée aux hôpitaux et aux cliniques lorsqu’ils nous appellent pour une recherche de personnel, même si leur demande ne concerne pas à ce moment-là un infirmier ou un technicien en bloc opératoire», confie David Stephen, directeur Care & Jobs pour la région lémanique à Permed (un réseau national d’agences de placement spécialisé dans les métiers de la santé).
«Univers de phantasmes»
Les départs progressifs à la retraite des employés de la génération du baby-boom accentuent le mal. Mais ils n’expliquent pas sa cause. Qui semble tenir en un mot: méconnaissance.
«Le cursus d’infirmier ne valorise pas assez les métiers du bloc opératoire», déplore Philippe Guyon. Patrick Goller abonde: «La salle d’opération et ses métiers sont mal connus, y compris dans le milieu hospitalier. C’est un univers hautement technique et passionnant, mais qui est perçu comme particulier et sur lequel circulent certains a priori souvent éloignés de la réalité».
En outre, «pour pouvoir exercer l’une ou l’autre de ces spécialités, ajoute David Stephen, il faut aussi supporter de travailler dans un vase clos, en station debout et fixe parfois assez longtemps, être maître de son stress, rapide, organisé, très à cheval sur l’hygiène et capable de supporter certains bruits, images et odeurs qui peuvent être impressionnants. Ces métiers sont aussi très techniques: il faut régulièrement se former pour rester à la page, ce qui nécessite une implication professionnelle forte. C’est presque une vocation. Or, tout le monde ne l’a pas».
C’est justement pour essayer de susciter de nouvelles vocations et démystifier cet univers, que les directions des deux principaux établissements de soins de la région mènent actuellement des actions ciblées de sensibilisation et de communication. Et pas seulement lors des salons professionnels et dans les écoles d’infirmiers, mais aussi en interne: «Au CHUV, nous essayons d’attirer dans nos «blocs op’» autant les infirmiers stagiaires que les infirmiers professionnels expérimentés déjà en poste chez nous», explique Patrick Goller.
Ne reste plus qu’à attendre que ce remède fasse son effet…
Fabrice Breithaupt



