Les politiques d’austérité budgétaire menacent l’embauche
L’austérité budgétaire mise en œuvre par la plupart des pays européens est montrée du doigt par l’Organisation internationale du travail (OIT). Selon le rapport annuel présenté par l’institution lundi à Genève, le chômage va croître et toucher au total 202 millions de personnes dans le monde cette année, soit 6,1% de la population active. L’OIT met en garde contre le «piège de l’austérité» en train de se refermer en Europe.
L’accent mis uniquement sur l’austérité budgétaire par nombre de pays de la zone euro «accentue la crise de l’emploi et pourrait même conduire à une autre récession en Europe», a averti Raymond Torres, principal auteur du rapport. «L’austérité n’a pas produit davantage de croissance», a-t-il observé devant la presse.
L’OIT dresse un sombre tableau de la situation «alarmante» de l’emploi dans le monde, soulignant qu’il n’y a «pas de reprise en vue» dans un avenir proche. Cette année, 6 millions de personnes supplémentaires devraient être frappées par le chômage, qui touchait 196 millions de personnes dans le monde à la fin de 2011. L’aggravation devrait se poursuivre en 2013, avec une augmentation du chômage des jeunes et du chômage de longue durée. Ces noires perspectives tranchent avec les prévisions pour la Suisse présentées cette semaine par le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Selon ce dernier, l’emploi devrait rester constant ces trois prochains mois en Suisse. Après deux trimestres négatifs, l’indice est de nouveau légèrement dans le positif et présente désormais une valeur de 1,8 point.
Au plan mondial, l’avenir semble nettement moins rose. «Au cours de l’année écoulée, les marchés du travail ont subi les effets du ralentissement de la croissance mondiale», note l’OIT, qui rappelle que depuis la crise financière mondiale de 2008-2009 «environ 50 millions d’emplois font toujours défaut» par rapport à la situation antérieure. L’organisation juge «peu probable que l’économie mondiale croisse à un rythme suffisant ces deux prochaines années pour, simultanément, combler le déficit d’emplois actuel et fournir du travail à plus de 80 millions de personnes, qui devraient arriver sur le marché du travail au cours de la même période».
Pour l’agence des Nations Unies, les tendances sont particulièrement préoccupantes en Europe, où le taux de chômage a augmenté dans près de deux tiers des pays depuis 2010, «mais la reprise du marché du travail est aussi au point mort dans d’autres économies avancées, comme le Japon ou les Etats-Unis», prévient-elle.
L’OIT est catégorique: la dégradation de la situation illustre le piège que représente l’austérité pour les économies avancées, en premier lieu pour l’Europe. «Dans les pays qui ont poussé le plus loin l’approche austérité + dérégulation, principalement ceux d’Europe du Sud, la croissance de l’économie et de l’emploi a continué de se dégrader», constate-t-elle dans le résumé du rapport.
«Approche alternative»
Mais une «approche alternative existe», assure l’OIT, précisant qu’elle «suppose que l’on considère les politiques favorables à l’emploi comme bénéfiques pour l’économie et que l’on refuse de laisser la finance donner le ton de l’élaboration des politiques». L’OIT prône ainsi un renforcement des «institutions du marché du travail, afin que les salaires augmentent au même rythme que la productivité».
L’Organisation internationale du travail juge aussi «primordial de restaurer les conditions du crédit et de créer un environnement économique plus favorable aux petites entreprises».
Jean-François Krähenbühl
avec AP



