Les certificats de travail des cadres sont trop souvent mal rédigés
Directeur romand de l’Association suisse des cadres (ASC), Bernard Briguet reçoit chaque semaine quatre ou cinq personnes à la recherche d’un emploi. La plupart du temps, parmi celles qui ont été victimes d’un licenciement, la grande majorité n’a qu’un certificat de travail squelettique à présenter. C’est surtout vrai chez les cadres âgés d’une cinquantaine d’années et davantage et qui travaillent depuis un certain temps chez le même employeur.
Or l’âge est déjà un sérieux handicap pour qui est confronté à une réorientation de carrière. «Ils sont de surcroît pénalisés parce que leur employeur a bâclé le certificat de travail auquel ils ont légalement droit. Ils peuvent se sentir légitimement frustrés», tempête Bernard Briguet. Les causes en sont multiples et aisément explicables… à défaut d’être excusables.
«Prenez le cas, fréquent, du cadre qui a été employé trente ans durant dans la même entreprise. Il a gravi les échelons de la hiérarchie, il a travaillé dans différents services, son cahier des charges s’est élargi, ses qualifications sont excellentes. La maison qui l’emploie a été rachetée voilà quelques années par un groupe étranger et il est pris dans une vague de licenciement collectif. Il reçoit un certificat de travail rédigé à la hâte par un supérieur ou une secrétaire, ce qui est plus fréquemment le cas lorsqu’il s’agit d’une mesure touchant de nombreuses personnes, et le rédacteur ne connaît que les dernières années de son parcours professionnel. D’autre part, lorsque c’est lui qui donne son congé, le collaborateur est aussitôt considéré comme ne faisant plus partie de l’entreprise, ce qui risque d’influencer le contenu du certificat. Ainsi, ce document qui tient sur une feuille format A4 ne reflète que partiellement les compétences que le cadre a acquises au fil des années. Or, dans un dossier de postulation, le certificat de travail doit constituer la pièce la plus intéressante.»
Bernard Briguet, au fil de son expérience parmi les cadres romands, constate que trop d’entreprises soignent la procédure d’engagement mais bâclent les démarches lors d’un départ, volontaire ou non. «On passe des heures et des heures à bichonner son curriculum vitae alors que la pièce la plus importante, le certificat de travail, est souvent conçue en quelques minutes. Comment voulez-vous séduire un futur employeur alors que votre bilan professionnel est mal ficelé? Des cours destinés aux employeurs et consacrés à la rédaction des certificats de travail auraient certainement leur place dans les multiples programmes de formation complémentaire proposés par des instituts spécialisés. Et pourquoi ne pas encourager les entreprises à établir des certificats de travail intermédiaires qui leur permettraient de retracer facilement et avec plus de précision la carrière de leurs collaborateurs?»
L’ASC ne se contente pas de dénoncer ces lacunes. Elle établit elle-même des attestations de compétences des cadres, retraçant en une douzaine de points parmi les plus marquants les différentes étapes de leur carrière, leurs qualifications professionnelles, personnelles aussi, et leurs cahiers des charges. Ces attestations se rapportent à trois domaines d’activité différents: les RH et la formation, le management et les finances et, enfin, l’administration et l’organisation.
«Un complément au certificat de travail»
«C’est un complément aux certificats de travail que les employeurs potentiels apprécient, assure Bernard Briguet. Et un atout de plus dans le dossier de postulation qu’il ne faut surtout pas négliger. Le marché de l’emploi demeure très sélectif pour les cadres. Il faut six à neuf mois en moyenne à un quinquagénaire pour retrouver un job équivalent. La statistique du chômage, prise dans sa globalité, est trompeuse. Il est probable que 15 à 20% des personnes actives n’exercent pas un métier conforme à leurs qualifications ou doivent se contenter de conditions salariales et contractuelles précaires. Elles aussi sont demandeuses d’emploi.»
Etienne Oppliger



