Dans l’horlogerie, il y a des postes à repourvoir par milliers
Ce ne sont pas moins de 3200 collaborateurs que l’horlogerie suisse devra recruter ou former d’ici à 2016. Il s’agira non seulement de combler les départs prévisibles (retraites, mobilité interne), mais surtout de répondre à la création de postes de travail supplémentaires, soit 60% des nouveaux effectifs.
Le chiffre peut paraître considérable alors que le marché de l’emploi est apparemment tendu, mais que quelques fissurent apparaissent, çà et là, dans la conjoncture horlogère. Pourtant, il s’agit d’une «estimation minimale et prudente», a affirmé François Matile, secrétaire général de la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CP), qui présentait la semaine dernière les résultats de la traditionnelle enquête menée auprès des entreprises membres sur leurs besoins en personnel.
Quelle que soit l’évolution de la conjoncture, pouvoir compter sur une main-d’œuvre qualifiée demeure vital pour l’industrie horlogère. Aux yeux de la présidente de la CP, Elizabeth Zölch, le but d’une telle enquête est précisément de cerner au plus près les besoins des entreprises et d’y répondre au mieux, en particulier pour tout ce qui touche à la formation professionnelle.
8000 emplois en cinq ans
Les effectifs de l’horlogerie suisse ont déjà progressé de plus de 8000 personnes ces cinq dernières années, mais «la partie est jouable», poursuit François Matile. Avec quelque 2000 apprentis actuellement en formation, les départs prévisibles devraient être compensés sans problème. Reste à trouver 1200 collaborateurs supplémentaires. S’il y a, à l’heure actuelle, globalement, une adéquation entre l’offre et la demande de personnel qualifié, il convient de demeurer dans un «état de vigilance active», poursuit François Matile. Le recrutement doit se poursuivre en particulier dans quatre métiers phares où des déséquilibres pourraient surgir à court terme: horloger praticien, horloger dans le domaine professionnel du rhabillage, horloger dans le domaine professionnel de l’industrie et micromécanicien.
L’habillage dénudé
D’autre part, l’enquête révèle qu’un nombre insuffisant de jeunes est formé dans les métiers de l’habillage; ce déficit est partiellement pallié par la formation interne en entreprise et par la formation de type modulaire proposée aux adultes.
Un des axes principaux sur lesquels la CP entend porter son effort ces prochaines années est celui de l’apprentissage en entreprise (voir l’encadré ci-contre) . Aujourd’hui, 40% seulement des apprentis sont formés selon le système dual (qui est d’ailleurs sensiblement plus répandu en Suisse alémanique qu’en Suisse romande), alors que 60% d’entre eux ont opté pour la voie de l’école horlogère. «Le nombre d’apprentis a à peu près doublé ces dix dernières années, constate le secrétaire général de la Convention patronale. Les écoles ont fait leur part. La balle est dans le camp des entreprises», l’objectif étant d’arriver à une proportion de cinquante-cinquante.
A côté de l’apprentissage, la CP voit la solution au problème de la main-d’œuvre dans la formation interne, les formations modulaires, l’engagement de personnel étranger (les effectifs de l’industrie horlogère comptent à l’heure actuelle un quart de frontaliers) et le maintien de spécialistes au-delà de l’âge de la retraite.
Une question d’état d’esprit
Former des apprentis en entreprise, selon le système dual, est avant tout «une question d’état d’esprit», estime la Convention patronale. Par tradition, les horlogers de l’arc jurassien confient à l’autorité la responsabilité de la formation professionnelle «et ils n’en prennent la responsabilité que lorsqu’ils y sont obligés». Même de grandes entreprises s’abstiennent.
Les causes les plus fréquemment avancées sont le manque d’infrastructure et de temps. En outre, déplore la CP, «la formation d’un apprenti est trop souvent considérée comme une charge et non comme un investissement à moyen terme».
La Convention entend mener une campagne d’information promouvoir la formation duale auprès de ces entreprises. «Et pourquoi pas envisager, pour les plus petites d’entre elles, un partage de la formation des apprentis?»
Etienne Oppliger



