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La représentation de l’alcool peut varier sensiblement selon le métier.© Philippe Maeder-ALa représentation de l’alcool peut varier sensiblement selon le métier.

Alcool sur la place de travail: vers la fin du tabou

Responsables RH et managers sont souvent démunis face à la consommation d’alcool dans leurs équipes

En Suisse, on estime que 5 à 8% de la population est dépendante de l’alcool. Ce pourcentage double si l’on tient compte des consommateurs excessifs. Transposé dans l’univers de l’entreprise, l’alcool représente près de 25% des accidents professionnels, selon l’Office fédéral de la statistique. Pourtant, les cadres et les responsables RH sont souvent démunis face au problème. En parler? Surtout pas. Très souvent, les proches collaborateurs de la personne concernée s’arrangent pour éviter tout dérapage. Ce qui débouche souvent sur une spirale négative avec un licenciement en bout de course.

Apprendre à consommer
Depuis 2008, une société genevoise, spécialisée dans la santé en entreprise, a mis au point un outil pédagogique pour parler de l’alcool sur la place de travail. Avec des retours très positifs. L’outil a été nominé pour le prix Santé- Entreprise 2011 par l’Association européenne de la promotion de la santé en entreprise.

D’habitude, les spécialistes recommandent d’emmancher la question par les dysfonctionnements professionnels. L’outil créé par PMSE SA à Genève (Prévention et maintien de la santé en entreprise) renverse le problème. Comme l’explique la directrice Annick Rieker: «Jusqu’à aujourd’hui, l’alcool était soit interdit, soit tabou. Mais pour gérer quelque chose il faut en comprendre le mécanisme. Notre rôle est de vulgariser le mécanisme de la consommation d’alcool pour que tout le monde le comprenne bien. Car une fois bien informées la grande majorité des personnes s’autorégulent elles-mêmes.»

La première étape consiste donc à informer. Un verre d’alcool standard servi en établissement public contient 10 grammes d’alcool. Peu importe la couleur du flacon: vin, bière, apéritif ou spiritueux. Pour obtenir le taux d’alcool, il faut connaître le poids et le sexe de la personne. Une femme supporte moins qu’un homme.

Une autre indication est le temps d’élimination de l’alcool dans le sang. Il faut compter une heure pour éliminer entre 0,1 à 0,15‰. Et les recettes miracles (boire un litre de lait, dormir une heure avant de prendre le volant, etc.) sont de l’esbroufe. La récupération est linéaire, peu importe l’activité.

Rédiger une directive
Mais pour changer une culture d’entreprise il faut aller au-delà de l’information. Les consultantes misent beaucoup sur les managers de proximité pour changer les mentalités. «Il s’agit, dans un premier temps, d’évaluer les pratiques, les besoins et les attentes en termes d’alcool. Cela va nous permettre d’établir des règles qui seront ancrées dans la réalité du terrain», explique Katia Schenkel, psychologue.

La représentation de l’alcool peut varier sensiblement selon le métier. Dans la construction, l’alcool est associé à la convivialité et à la force de l’homme. Dans la restauration, elle fait partie du métier. Dans la vente, on sert un verre d’alcool au moment de la signature d’un contrat. «Tous ces éléments doivent être mis sur la table pour être retravaillés. Il faut ensuite faire des choix et parvenir à des règles très simples qui peuvent être comprises et respectées par tout le monde», détaille Katia Schenkel.

Former les équipes
La formation des cadres est sans doute la clé de tout le dispositif. Qui, du collaborateur, du collègue ou de la direction de l’entreprise, endosse la responsabilité? La formation donne également plusieurs outils aux cadres de proximité afin d’être mieux à même d’aborder la question. Ils apprennent à repérer les consommateurs excessifs ou dépendants. Ils reçoivent des conseils pratiques sur la conduite de ces entretiens délicats.

«Souvent, les cadres savent qu’il y a un problème, mais n’osent pas intervenir. Cette attitude mène droit dans le mur. Quand ils ont perdu leur emploi, leur femme et leur dignité, ils n’ont plus rien à perdre, et cela devient plus difficile de remonter la pente», assure Annick Rieker.

 

hrtoday.ch